• Sarah Fort

Frugalité, sobriété, de quoi parle-t-on?

Innovation frugale, "sobriété heureuse" (Pierre Rabhi), label "Bâtiment frugal" à Bordeaux, sobriété numérique... Ces deux mots se sont fait une place de plus en plus manifeste dans le vocabulaire d'aujourd'hui et semblent désigner peu ou prou la même chose : une économie des moyens et des ressources, de nouveaux modes de faire en opposition à une consommation effrénée. Mais les deux termes nous évoquent-ils la même chose et peut-on vraiment les utiliser indifféremment?



Frugalité

Le terme a pour racine latine frux, le fruit. La frugalité, c'est d'abord "ce qui produit". C'est la "bonne récolte des fruits de la terre", selon l'expression d'Apulée. Avec la frugalité, il y a l'idée d'une abondance, mais aussi d'une juste utilisation de celle-ci. Une utilisation qui n'épuise pas les ressources et qui répond à une utilisation nécessaire et non gaspillée.


Sobriété

La sobriété c'est manger et boire sans excès, vivre sans luxe, c'est un idéal commun à de nombreux philosophes de l'Antiquité. On peut dire que la sobriété s'apparente à la tempérance et la maîtrise de soi, ce qui est plutôt positif. Pourtant, le terme semble avoir pris de nos jours une connotation plus négative. La sobriété évoque l'ascèse, l'austérité, la privation. Pas étonnant que Pierre Rabhi ait eu besoin de lui accoler "heureuse", pour la remettre au goût du jour.


Au vu de ce qui a été dit précédemment, il semble que le terme frugalité, dans sa proximité avec la récolte, puisse nourrir des imaginaires d'économie des ressources plus sereins que sobriété, qui continue à véhiculer un imaginaire de la privation. Il semble aussi que la sobriété soit davantage associée à des questions techniques : "sobriété énergétique", "sobriété numérique" alors que la frugalité évoque davantage la créativité. Un collectif d'architectes a par exemple, il y a quelques années, produit un "Manifeste de la frugalité heureuse et créative".


Et voici ce que les signataires de ce manifeste écrivent :

"La Frugalité n’est pas un dogme. Elle est une manière d’être là et de faire pour la Terre, pour les êtres, pour la vie. Dans chaque milieu et en chaque lieu, elle permet les récoltes qui conviennent, toutes diverses et spécifiques, porteuses d’émancipation et de paix. Elle est née de la reconnaissance de nos responsabilités. En cela, elle libère : nous connaissons les luttes à mener et les outils pour y parvenir." Alain Bornarel, Dominique Gauzin-Müller et Philippe Madec dans Carnet de la frugalité n°3

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